Flambeau-trompette en argent, XVIIIe

Lausanne, sans doute Coste & Henry, vers 1780

Flambeau-trompette
Argent massif XI deniers (~916/1000)
Ht totale: 22 cm
Ht binet: 7 cm
Diamètre base: 15 cm
Poids: 264 g

Très bon état général. Micro-chocs et rayures d'usage.
Fente de soudure sur le binet (voir photo de détail).
Sans bobèche (si la plupart des flambeaux-trompette publiés sont munis de bobèches, les auteurs ne précisent que très rarement si celles-ci sont contemporaines des flambeaux ou non. D'après ce que nous avons pu constater, de nombreuses bobèches ne sont pas poinçonnées ou, si elles sont du XVIIIe, viennent souvent d'un autre atelier. D'ailleurs, la forme très évasée et en légère cuvette du pied des flambeaux-trompette se prête parfaitement à une utilisation sans bobèche, comme c'était très souvent le cas au XVIIIe siècle. Voir par exemple le tableau Le Canard blanc (1753) de Jean-Baptiste Oudry, reproduit dans Helft 1980, p.370, où le très beau flambeau d'Antoine Bailly est dépourvu de bobèche).
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Bien poinçonné sous la base:
- Poinçon de Lausanne (écu de gueules au chef d'argent) [voir Hörack 2007, n°304 p.268 pour un poinçon similaire]
- Poinçon inédit de maître-orfèvre (C.H sur une étoile à cinq branches) [voir ci-dessous les hypothèses d'attribution]
- Poinçon inédit de titre (XI sur D, sous une couronne) [non référencé dans le Hörack]
Poinçon d'importation français (cygne) au sommet du binet.
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Dans son Manuel des orfèvres, François-Pierre de Vevey attribue des poinçons CH et C.H aux orfèvres Christian-Frédéric Humbold et Christophe Hubner [de Vevey 1985, n°1491 p.240 & n°1495 p.240-241]. Alain Gruber dans son Weltliches Silber attribue sans certitude un poinçon C.H à Christophe Hubner [Gruber 1977, couvert n°534 p.284, Christoph Hübner?] et Hanspeter Lanz reprend les attributions de de Vevey dans son Weltliches Silber 2 [Lanz 2001, n°1008 p.406 & n°1131 p.470, Hubner oder Humbold].
Pour Christian Hörack cependant, toutes les pièces anciennement attribuées à Christian-Frédéric Humbold et Christophe Hubner sont en fait de Coste & Henry, qu'elles portent des poinçons de maître "C&H" ou "CH" [...] [Hörack 2007, p.48].
Les deux orfèvres Jean-Daniel Coste (1746-1808) et Jean-Louis Henry ont été associés, au moins de 1778 à 1782, au sein d'une Société de Commerce en orphèvrerie et joaillerie [Ibid.].
Nous proposons pour l'instant d'attribuer notre poinçon à ces deux orfèvres, d'autant plus que l'on connaît plusieurs flambeaux-trompette produits par Coste avant son association avec Henry [Ibid.].
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Le flambeau-trompette (l'appellation flambeau à trompette est attestée dès 1781) tire son nom de la forme particulière de son pied. Il est enrichi à mi-hauteur, pour seul décor, d'un noeud serti de flammes.
Il s'agit d'un modèle spécifiquement suisse: les premiers exemplaires, peut-être inspirés de modèles en cuivre anglais, ont sans doute été exécutés à Vevey par Etienne-Marc Giscard, reçu maître en 1732. Le premier flambeau connu avec datation précise est attesté en 1753 (commande de la corporation bernoise Zu Pfistern).
Si les premiers modèles présentent des pieds octogonaux, le pied rond - délicatement contourné et mouluré de filets, comme sur notre exemplaire - va vite s'imposer comme le pied "classique", sans doute sous l'impulsion de l'orfèvre lausannois Philibert Potin [Hörack 2007, p.113 sqq.].
Le flambeau-trompette est sans conteste l'objet d'orfèvrerie le plus fabriqué à Lausanne dans les années 1750-1780 (237 flambeaux-trompette lausannois recensés en 2007, voir Hörack 2007, p.119). On en retrouve aussi à Berne, à Vevey, à Lenzburg, à Aarau, à Bâle, à Fribourg et à Neuchâtel, mais ils y sont peu nombreux [Hörack 2007, p.114]. Nous connaissons une paire de flambeaux-trompette au poinçon de Sion, fabriqués par l'orfèvre François-Joseph Ryss (actif de 1759 à 1802), actuellement dans une collection particulière valaisanne.
À partir des années 1790, le flambeau-trompette se démode peu à peu. Mais il va vivre dès le début du XIXe une seconde jeunesse à Berne, où il semble devenir, pour quelques familles du patriciat bernois qui en commandent des neufs, le symbole de l'attachement à l'Ancien Régime, un choix volontairement conservateur à un moment où le style Empire est largement répandu [Hörack 2007, p.128] (voir justement dans notre galerie un exemplaire par Rehfues à Berne, vers 1810).
Avec le retour à la mode du XVIIIe siècle, vers 1880, les flambeaux-trompette réapparaîtront aux catalogues des principales maisons d'orfèvrerie suisses, comme Bossard à Lucerne, Pochon à Berne ou Jezler à Schaffhouse (voir dans notre galerie la paire de petits flambeaux-trompette par Pochon Frères, datables du début du XXe).
Cette petite notice historique est entièrement redevable aux travaux de Christian Hörack sur l'argenterie lausannoise (voir ci-dessous la bibliographie)
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Notre flambeau peut tout à fait se marier en fausse paire avec celui de Papus & Dautun, également disponible à la vente (voir dernière photo) et avec lequel il partage la même provenance (et le même poinçon d'importation français sur le binet).
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Bibliographie
- Alain Gruber, Weltliches Silber, Katalog der Sammlung des Schweizerischen Landesmuseums Zürich, 1977
- Jacques Helft, Nouveaux poinçons, 1980
- Christian Hörack, L'argenterie lausannoise des XVIIIe et XIXe siècles, Musée historique de Lausanne, 2007
- Hanspeter Lanz, Weltliches Silber 2, Katalog der Sammlung des Schweizerischen Landesmuseums Zürich, 2001
- François-Pierre de Vevey, Manuel des orfèvres de Suisse romande, Sotheby's / Office du Livre, Fribourg 1985

 

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